Hotwifing et candaulisme : la définition, sans détour
Le hotwifing, c’est un couple qui choisit de laisser d’autres désirer l’un des deux, l’autre y consentant et y trouvant du plaisir. Ce que le mot veut dire, d’où il vient, le vocabulaire qui va avec, et comment les couples le pratiquent réellement.
Imaginez un bar un vendredi soir. Elle est au comptoir dans la robe qu’ils ont choisie ensemble avant de partir, et un inconnu vient de lui offrir un verre. Son mari est à une table de l’autre côté de la salle, avec une vue dégagée, et il n’est pas jaloux. Il regarde l’inconnu découvrir ce que lui sait déjà, et cette découverte lui fait un effet que vingt vendredis tranquilles à la maison ne lui ont jamais fait.
Il ne se passera peut-être rien d’autre ce soir. Elle finira son verre, remerciera l’homme, repartira avec son mari, et le trajet du retour sera peut-être le meilleur moment de la soirée. L’inconnu n’a jamais été le sujet. Le sujet, c’était ce regard, et le fait qu’ils le voulaient tous les deux.
Voilà, en un mot, le candaulisme. Une hotwife est une femme en couple dont le partenaire sait, accepte, et prend du plaisir au fait qu’elle soit désirée par d’autres. L’arrangement appartient au couple, pas à l’un des deux, et jusqu’où il va, chaque couple le décide pour lui-même.
Un mot anglais pour une pratique qui a le sien en français
Hotwifing est un anglicisme récent, attesté sur les forums échangistes américains
depuis le milieu des années 1990. En français, le mot existe depuis bien plus longtemps
et il est meilleur : candaulisme, d’après Candaule, roi de Lydie chez Hérodote, qui
ne résistait pas à l’envie de montrer sa femme.
Et le mot français dit autre chose. Hotwife désigne la femme désirée. Candaulisme
désigne le plaisir de celui qui montre. Ce n’est pas la même chose, et cette
différence structure la façon dont la pratique se discute de part et d’autre : les
communautés francophones parlent de candaulisme et le ton y est nettement moins orienté
vers l’humiliation que dans leur équivalent anglophone. Mêmes pratiques, autre centre de
gravité, parce que le mot disponible pointe ailleurs. Le détail est développé dans
candaulisme et cuckolding.
Si vous lisez autour du sujet et qu’un vocabulaire vous met mal à l’aise, prêtez-y attention : il dit en général ce qu’une communauté pense qu’il se passe.
Le vocabulaire
La scène tourne avec un petit dictionnaire à elle, largement emprunté à l’anglais, et la moitié de la confusion vient de gens qui devinent ces mots au lieu de les connaître.
| Terme | Qui il désigne | La nuance |
|---|---|---|
| Hotwife | La femme désirée, avec la bénédiction de son partenaire | Valorisant par construction : c’est elle qui a l’appétit, elle n’est pas « prêtée » |
| Candauliste | Le partenaire qui montre et qui en jouit | Le mot français, et le seul qui nomme le désir de celui qui montre |
| Stag | Le partenaire, quand le registre est fier plutôt que soumis | Regarde ou sait, et y prend plaisir sans que l’humiliation fasse partie du jeu |
| Bull | Un homme extérieur impliqué avec la hotwife | Sous-entend assurance et expérience ; un bull correct traite le couple comme l’interlocuteur |
| Unicorn | Une femme seule qui rejoint un couple | Nommée pour sa rareté ; la personne la plus recherchée et la plus facilement maltraitée du milieu |
| Cuckold | Un mari dont l’excitation tient à l’exclusion | Le registre humiliation et soumission ; un moteur différent, traité dans son propre guide |
| Compersion | L’émotion, pas une personne | Le plaisir direct pris au plaisir de l’autre ; l’inverse de la jalousie, et ça se travaille |
Ce n’est pas de l’échangisme
La confusion est constante en France, où l’échangisme est la pratique dont tout le monde a entendu parler et où les clubs qui existent depuis trente ans sont des clubs échangistes.
L’échangisme est symétrique : les deux partenaires participent, souvent en même temps, sur une base réciproque. Le candaulisme est asymétrique par définition. L’un est celui qui est désiré, l’autre celui qui regarde et qui a souvent organisé, et cette asymétrie est précisément le sujet, pas un déséquilibre à corriger.
Les lieux se recouvrent, les vocabulaires non. Un couple candauliste dans un club échangiste, ou sur NousLib ou Wyylde, va souvent devoir expliquer qu’il n’échange pas.
À quoi ça ressemble vraiment
L’écart entre le fantasme et la pratique est large, et la pratique est bien plus ordinaire que ce qu’on lit à son sujet.
Le regard, sans contact
Une grande partie des couples concernés ne va jamais plus loin. Elle s’habille pour ça, elle drague, elle sort et elle raconte en rentrant. Parfois elle envoie des photos à quelqu’un. Parfois elle les publie là où des inconnus peuvent les voir, et l’intérêt est l’accumulation d’attention de gens que ni l’un ni l’autre ne rencontrera jamais.
C’est là que la plupart commencent, et un nombre non négligeable s’y arrête définitivement, très satisfait. Il faut le dire clairement, parce que les forums sont peuplés en majorité par les couples qui en font le plus, et ce biais laisse beaucoup de gens persuadés qu’ils s’y prennent mal.
Le contact, avec des règles
D’autres vont plus loin. Et ce qui sépare les couples qui en profitent pendant des années de ceux qui explosent en trois mois n’est pas jusqu’où ils sont allés. C’est s’ils ont posé les termes à l’avance et s’y sont tenus. C’est peu romanesque, et c’est le constat le plus constant de tous les témoignages honnêtes sur le sujet.
Un guide entier y est consacré : les règles du couple candauliste, douze règles réellement utilisées, chacune avec la raison de son existence et sa manière habituelle de casser.
La troisième personne
Celui ou celle qui est invité est une personne avec ses propres intérêts, pas un accessoire. C’est la partie que le fantasme escamote. En pratique, trouver quelqu’un de respectueux, discret, et qui ne cherche pas à s’installer dans votre couple est la vraie difficulté de tout l’arrangement, et cela prend plus de temps que prévu.
Pourquoi ça marche pour celui qui n’est pas désiré
C’est la question qu’on pose le plus, souvent avec perplexité. Il y a plusieurs moteurs, et ils ne tournent pas tous chez la même personne.
La compersion. Prendre du plaisir directement au plaisir de l’autre. Le même mécanisme qui rend satisfaisant de voir quelqu’un qu’on aime profiter de n’importe quoi d’autre, appliqué au sexe.
Le désir par procuration. Voir sa partenaire avec les yeux d’un inconnu et se rappeler ce qu’on a. Les longues relations aplatissent l’attraction par familiarité, et regarder quelqu’un désirer ce qu’on avait cessé de remarquer est une façon très directe de la raviver.
La transgression elle-même. Faire quelque chose qui ne se fait pas, à deux, et être les deux seuls au courant. Pour beaucoup c’est le vrai moteur, et le sexe en découle.
La soumission. Pour certains, et c’est là que le vocabulaire glisse vers le cuckolding, le plaisir passe par le fait d’être exclu, humilié, ou de devoir attendre. C’est un appétit franchement différent des trois précédents, et les confondre est l’erreur la plus fréquente du sujet.
La plupart des couples fonctionnent sur un mélange, et le mélange se déplace avec les années.
Ce que le candaulisme n’est pas
Ce n’est pas une relation libre. Une relation libre est une structure de permission, souvent mutuelle et plutôt indépendante. Ici c’est une activité commune, et celui qui n’est pas désiré est un participant, pas quelqu’un qui a accepté de regarder ailleurs.
Ce n’est pas une infidélité autorisée. La distinction compte plus qu’il n’y paraît. L’infidélité, c’est la dissimulation, et le dommage vient de la dissimulation plutôt que du sexe. Retirez la dissimulation et vous n’obtenez pas une version atténuée de la même chose, vous obtenez autre chose.
Ce n’est pas forcément une histoire d’humiliation. Certains couples le veulent, beaucoup veulent l’inverse, et les mots « hotwife » ou « stag » sont souvent choisis par le second groupe précisément pour signaler dans lequel ils sont.
Ce n’est pas une étape vers autre chose. Ni un sas, ni une expérience avant un divorce, ni une phase. Pour beaucoup de couples, c’est simplement une partie du fonctionnement de leur relation, durablement.
Ce qui déraille
Puisque vous lisez une définition, autant connaître le mode de défaillance, qui est d’une régularité frappante.
Le plus courant : l’un des deux a cédé plutôt que consenti. Il a accepté parce que l’autre le voulait, s’est dit qu’il s’y ferait, et ne s’y est pas fait. C’est instable, et ça ressort quelques mois plus tard en ressentiment, souvent juste après quelque chose qui s’est bien passé, ce qui déroute tout le monde. En parler à sa partenaire traite de la façon de mener la conversation pour que ça sorte avant, pas après.
Le deuxième : un arrangement sans limites, parce que les poser semblait peu romantique, et la limite se découvre en la franchissant.
Le troisième : une exposition non choisie. Une photo circule, quelqu’un s’avère indiscret, et quelque chose de privé devient quelque chose qu’un collègue a vu. Celui-là est largement évitable, et c’est l’objet de consentement et sécurité.
Si c’est vous qui en avez envie
Deux choses à savoir avant d’en parler.
Vous n’êtes pas un cas isolé. Quoi que vous imaginiez de la rareté de tout ça, les volumes de recherche et la taille des communautés francophones du candaulisme disent le contraire.
Et la façon de demander compte plus que ce que vous demandez. Une partenaire qui entend ça pour la première fois ne traite pas la pratique, elle traite ce que ça dit du regard que vous portez sur elle, et si c’est le début de vous perdre. Répondre à ces deux questions avant d’approcher la logistique, c’est l’essentiel du travail.
Si votre partenaire vient de vous en parler
Vous ne devez de réponse à personne aujourd’hui. Rien ici ne se décide vite, et quiconque presse pour une réponse rapide vous renseigne utilement sur la suite.
Il vaut aussi la peine de séparer deux réactions qui se ressemblent sur le moment : « je ne veux pas de ça », et « ce que cette envie dit de nous me fait peur ». La seconde mérite qu’on s’y assoie. La première est une réponse complète et n’a besoin d’aucune justification.
Et si vous arrivez tous les deux à l’envie d’un endroit où être vus est précisément le principe, et où chacun des deux tient la clé, c’est ce que nous construisons.